Les Yôkai : voyage dans le folklore japonais
À l’origine, le terme yôkai ( 妖怪 ) désignait des phénomènes mystérieux et effrayants, mais peu à peu, il a fini par définir les entités mêmes à l’origine de ces phénomènes. Ce sont des créatures surnaturelles, des monstres ou encore des fantômes. Afin de célébrer Halloween comme il se doit, je vais vous présenter en tout 31 yôkai tout au long du mois d’octobre.
Depuis les temps anciens, au Japon comme ailleurs, lorsque les Hommes étaient confrontés à des phénomènes mystérieux et inexplicables, ils imaginaient des entités à l’origine de ces phénomènes afin de leur donner un sens. Comme il n’y a rien de pire que l’imagination, on chercha à représenter concrètement ces phénomènes surnaturels, ce qui conduisit à définir l’image et l’identité propres des yôkai.
À l’instar de nos histoires de chevaliers par exemple, on racontait également des anecdotes mettant en scène des samouraïs ou des héros affrontant ces monstres et libérant ainsi des villages du joug démoniaque. Sauf que contrairement aux monstres et démons des cultures occidentales, les yôkai ne sont pas intrinsèquement mauvais. Ils incarnent simplement des forces qui dépassent l’entendement humain.
Ils peuvent être malicieux, effrayants, neutres, ou même apporter la bonne fortune. Dans la culture japonaise, un objet du quotidien qui fête ses 100 ans peut d’ailleurs s’animer et devenir un yôkai, que l’on appelle tsukumogami.
Brève histoire des yôkai
Le terme yôkai désignait à l’origine, au sens large, tout phénomène ou objet échappant à la compréhension humaine. On peut remonter sa première mention au Japon à plus de 1.000 ans dans le Shoku Nihongi (続日本紀, 777). Il y est utilisé dans un passage évoquant une grande purification organisée à la cour car des phénomènes étranges (désignés comme yôkai) s’y produisaient fréquemment.
À l’époque d’Edo (1603-1868), les yôkai sont devenus un genre artistique et populaire à part entière. L’artiste Toriyama Sekien catalogue et illustre des centaines de créatures dans des recueils comme le Gazu Hyakki Yagyô (画図百鬼夜行, « Procession nocturne illustrée des cent démons »). Cet ouvrage majeur est une véritable encyclopédie visuelle des yôkai qui a posé les bases de leur représentation moderne.
À l’ère Meiji (fin XIXe siècle), le philosophe Inoue Enryô lance la yôkaigaku (妖怪学, « science des monstres ») dans un but rationaliste : démontrer que les phénomènes attribués aux yôkai ont des explications scientifiques et combattre ce qu’il considère comme des superstitions.
Le folkloriste Yanagita Kunio, à l’inverse, s’y oppose fermement et défend les récits de yôkai comme un patrimoine de croyances populaires à préserver et à étudier plutôt qu’à éradiquer.
Yanagita publiera notamment le célèbre Tôno Monogatari (遠野物語, 1910), un recueil de légendes de la région de Tôno (préfecture d’Iwate), puis le Yôkai Meii (妖怪名彙, 1938-39), un glossaire des noms de yôkai qui sert aujourd’hui encore comme l’une des sources fondatrices de la base de données du Nichibunken (« Centre de Recherches International sur les Études Japonaises » basé à Kyôto) elle-même.
C’est cette tradition scientifique, de Sekien à Yanagita, que perpétue aujourd’hui le Nichibunken, en compilant plus de 35 000 témoignages régionaux dans une base de données ouverte à la recherche.
Les 31 yôkai
Pour comprendre le sens profond de cette appelation, décomposons les deux caractères qui le forment :
- Yô (妖) : Signifie mystérieux, bizarre, ensorcelant, suspect ou lié au surnaturel.
- Kai (怪) : Signifie étrange, merveilleux, suspect, ou désigne une apparition ou une anomalie.
1. Amabie
Bien que le nom utilisé aujourd’hui soit bien Amabie, il semblerait que ce soit à l’origine une erreur de retranscription !
Le seul document mentionnant le nom Amabie est un imprimé conservé à la bibliothèque de l’université de Kyôto, mais on peut supposer qu’à l’origine, ce yôkai ne s’appelait pas Amabie, mais Amabiko. En effet, on trouve de nombreux documents faisant référence à Amabiko.
Il est probable que le caractère ko (コ) ait été lu à tort comme un e (エ). Pour le décorticage de son nom, je vais donc utiliser son appelation probable d’origine.
Ama (海, mer ou 天, ciel/paradis)
+
hiko / biko (彦, garçon)
C’est un terme honorifique ancien désignant un jeune homme ou un garçon doté de talents et de vertus exceptionnels
=
Le garçon de la mer / Le garçon Céleste
Description :
Créature marine à écailles, longs cheveux, bec et trois pattes, qui prédit les récoltes et épidémies à venir. De plus, on suppose qu’il était à l’origine représenté sous la forme d’un singe à trois pattes, mais a fini par prendre l’apparence d’une créature marine au fil des reproductions successives (les auteurs ayant sans doute été influencés par le fait qu’il était censé émerger des profondeurs de la mer).
Ayant demandé qu’on reproduise son image pour la montrer aux autres, on considère qu’il est important de le faire le plus possible afin d’obtenir sa protection contre les épidémies. C’est d’ailleurs pour cette raison que ce yôkai a bénéficié d’un énorme regain d’intérêt en 2020, grâce notamment aux réseaux sociaux avec le #AmabieChallenge et passant même sur les chaînes d’informations japonaises, dans le but de faire partir la pandémie de coronavirus. L’une des interventions les plus marquantes a été la représentation faite par Junji Ito, le maître de l’horreur Japonais.
" En avril 1846, une lumière apparu chaque nuit dans la mer au large de la province de Higo (actuelle préfecture de Kumamoto). Un fonctionnaire envoyé enquêter y a vu surgir l'Amabie, qui a annoncé six années de bonnes récoltes suivies d'une épidémie, en ordonnant qu'on reproduise et diffuse son image pour s'en protéger avant de disparaître dans les flots. Les documents de l'époque mentionnent clairement les bonnes récoltes dans toutes les provinces, l’épidémie, ainsi que la demande de reproduire son image pour la montrer aux gens.
Elle provient de la gravure sur bois (kawaraban) conservée à la bibliothèque de l’université de Kyôto, qui est le seul document mentionnant le nom d’Amabie.
Représentations :
Bien qu’Amabie soit restée une créature relativement obscure pendant près d’un siècle et demi, sa popularité a littéralement explosé ces dernières années. Ce yôkai est aujourd’hui représenté dans plusieurs œuvres, souvent fidèle à son rôle historique de guérisseur ou de protecteur contre les maladies.
On peut citer par exemple :
- Nioh 2 (2020) : Amabie y apparaît comme un esprit protecteur que le joueur peut équiper. Fidèle à sa légende, il prend la forme d’une sirène à bec d’oiseau. En combat, elle peut générer une oasis magique sur le sol qui soigne la santé des alliés et augmente la résistance aux poisons ou paralysies.
- Shin Megami Tensei V : Vengeance (2024) : dans la version enrichie de ce célèbre RPG d’Atlus, Amabie rejoint officiellement le bestiaire des démons que le joueur peut recruter, fusionner et faire combattre.
Nombre de témoignages vérifiés sur Nichibunken :
1
2. Akaname
垢舐め・Le croque-mitaine utile
Aka (垢, crasse)
+
nameru (舐める, lécher)
=
Lécheur de crasse
Description :
L’akaname est traditionnellement décrit comme un humanoïde de la taille d’un enfant, doté d’une peau rougeâtre ou verdâtre, de cheveux hirsutes, et surtout d’une langue immense et gluante.
Il n’attaque jamais les humains. Son seul but est de s’introduire dans les salles de bain mal nettoyées lorsque tout le monde dort pour en lécher la crasse. Cette légende était utilisée par les parents pour terrifier les enfants et les forcer à frotter la baignoire et à garder la maison propre. S’ils laissaient la salle de bain sale, l’akaname allait venir pendant la nuit !
Popularisé par Toriyama Sekien dans le Gazu Hyakki Yagyô, il incarne un principe très concret de la croyance populaire : les maisons négligées attirent ce qu’on ne veut pas voir.
Une histoire parmi d’autres :
" Dans une maison où l'on remettait toujours le nettoyage de la salle de bain au lendemain, la maîtresse de maison fut réveillée plusieurs nuits de suite par un léger bruit de succion venu du fond du couloir. Une nuit, elle osa entrouvrir la porte de la salle de bain : une petite silhouette accroupie, à la peau verte et luisante, promenait une langue démesurée le long des joints du carrelage encrassé. En la voyant, la créature s'immobilisa un instant, la fixa de ses yeux globuleux, puis disparut dans le siphon avec un clapotis. Dès le lendemain, la maison entière fut récurée du sol au plafond.
Représentations :
Bien qu’il soit un esprit de second plan lié à l’hygiène, sa silhouette grotesque et sa langue mémorable ont inspiré de nombreux créateurs.
On peut citer notamment :
- Pokémon (depuis 1995) : qui dit Pokémon + langue, fait normalement penser à Excelangue et son évolution Coudlangue, des créatures rose/rouge dotées d’une langue gigantesque qu’elles utilisent pour tout lécher.
- GeGeGe no Kitarô (depuis 1959) : l’akaname est un allié récurrent du héros, qui l’aide en nettoyant des substances toxiques ou en utilisant sa langue gluante pour attraper des objets ou immobiliser des ennemis mineurs.
Nombre de témoignages vérifiés sur Nichibunken :
0 (son caractère inoffensif et son utilisation purement éducative font qu’il n’est présent dans aucun récit de folklore local)
3. Zashiki-warashi
座敷童子・Le porte-bonheur de Damoclès
Zashiki (座敷, pièce nattée de tatamis)
+
warashi (童子, enfant)
C’est un vieux mot dialectal du nord du Japon (notamment de la préfecture d’Iwate, d’où vient la légende) pour dire « enfant » ou « gamin »
=
L’enfant de la pièce aux tatamis / L’enfant du salon
Esprit ayant généralement l’apparence d’un enfant (garçon ou fille d’environ 5 ans, souvent avec le visage rouge et une coiffure au bol) qui habite les vieilles maisons du Tôhoku, en particulier dans la préfecture d’Iwate. Il ferait des farces mais apporterait la prospérité à la famille qui l’héberge.
Cependant, bien qu’il soit souvent décrit comme prenant l’apparence d’un enfant, il est impossible de définir son apparence de manière univoque. Il y a par exemple des cas recensés avec un enfant d’une douzaine d’années.
En réalité, ils constituent un ensemble vaste et diversifié, transmis à travers les légendes régionales, qui évoquent une présence donnant l’impression qu’il y a quelqu’un d’autre dans la maison.
Une histoire parmi d’autres :
" Dans le Tôno Monogatari de Yanagita Kunio (1910), il est raconté qu'une famille prospère de Tôno vit deux fillettes zashiki-warashi quitter la maison un jour. Peu après, presque tous les membres de la famille moururent empoisonnés par des champignons, ne laissant qu'une survivante. La croyance veut que le départ de cet esprit signe la ruine, voire la destruction, du foyer.
Représentations :
Le Zashiki-warashi est une figure si aimée et si profondément ancrée dans la culture japonaise qu’elle apparaît très régulièrement dans les médias modernes. Ces œuvres le dépeignent presque toujours de manière bienveillante, touchante ou humoristique.
On peut citer par exemple :
- HOME : Itoshi no Zashiki Warashi (2012) : une famille tokyoïte en crise déménage dans une vieille maison d’Iwate et y découvrent un Zashiki-warashi qui va discrètement les aider à resserrer leurs liens.
- Zashiki-warashi no Tatami-chan (2020) : mini-série animée humoristique qui met en scène Tatami-chan, une Zashiki-warashi un peu cynique et sarcastique qui quitte sa campagne natale d’Iwate pour s’installer dans un petit appartement à Tokyo.
Nombre de témoignages vérifiés sur Nichibunken :
95
4. Baku
獏・Le dévoreur de cauchemars
N’étant composé que d’un kanji, c’est lui que nous allons étudier ici :
犭 (quadrupède/animal sauvage)
+
莫 (disparition/néant)
=
La bête qui fait disparaître
En japonais, baku désigne le tapir (l’animal) en plus du yôkai. Il s’est installé dans le folklore nippon comme le protecteur spirituel du sommeil, célèbre pour dévorer les cauchemars des humains afin de leur accorder de belles nuits.
À l’origine, en Chine, le baku était décrit comme une chimère dotée d’une trompe d’éléphant, d’yeux de rhinocéros, de pattes de tigre et d’une queue de bœuf. Lorsque les Japonais ont découvert pour la première fois de vrais tapirs (avec leur petite trompe et leur corps trapu), ils ont trouvé la ressemblance si frappante qu’ils leur ont donné le nom du yôkai. Depuis, la pop culture fusionne presque toujours le monstre et le tapir.
Une histoire parmi d’autres :
" La coutume du Baku-makura consistait à utiliser des oreillers sculptés, des taies brodées ou des estampes glissées sous la tête pour placer son sommeil sous la protection du yôkai. Au réveil d'un cauchemar, la formule « Baku, yume wo kue ! » était récitée trois fois pour faire disparaître le mauvais rêve. Cependant attention, un usage excessif risque de laisser la créature dévorer les espoirs et l'énergie vitale du dormeur.
Représentations :
Le concept du « mangeur de rêves » est un outil scénaristique parfait pour les mangas, les animes et les jeux vidéo, ce qui en fait un yôkai extrêmement représenté à l’écran même si on ne le sait pas toujours.
On peut citer par exemple :
- Pokémon (depuis 1995) : 2 Pokémon très célèbres représentent directement le baku : Soporifik et son évolution Hypnomade. Ils sont tous deux de type Psy, possèdent une petite trompe inspirée du tapir, et leurs attaques phares sont Hypnose et Dévorêve. Dans la cinquième génération, Munna et Mushana reprennent aussi cette idée. Ce sont des tapirs roses et violets qui mangent les rêves et recrachent de la « Brume de Rêve ».
- Animal Crossing (2001) : Le personnage de Séréna, la tapir qui gère la « Boutique de rêve » et vous permet de visiter les îles d’autres joueurs pendant votre sommeil, est un hommage direct au baku.
Nombre de témoignages vérifiés sur Nichibunken :
6 (difficile de voir quelque chose quand on dort…)
5. Hitotsume-kozô
一つ目小僧・Le moine monoculaire
Hitotsume (一つ目, un œil/borgne)
+
kozô (小僧, jeune moine bouddhiste/apprenti)
Dans le langage courant, c’est aussi un terme affectueux ou légèrement condescendant pour dire « gamin » ou « chenapan »
=
Jeune moine à un œil
Description :
Enfant au crâne rasé, vêtu comme un jeune moine, doté d’un seul grand œil au centre du visage. Traditionnellement, on le disait apparaître les 8 Décembre et 8 Février (qui marquaient jadis le début et la fin de la période du Nouvel An et où la frontière avec le monde folklorique était plus mince).
L’hitotsume-kozô y jouait un rôle d’inspecteur : le 8 Décembre, il venait voir si chacun avait bien préparé sa maison pour l’arrivée des divinités, en notant sur un carnet les mauvais élèves, et revenait chercher ce carnet le 8 Février pour que la divinité des maladies les punisse.
Contrairement aux démons violents, l’hitotsume-kozô ne cherche jamais à blesser ou tuer les humains, c’est un pur farceur. Son activité favorite consiste à attendre la tombée de la nuit pour surprendre les passants au coin d’une rue sombre, bondir devant eux en tirant une longue langue rouge, juste pour le plaisir de les voir s’enfuir en hurlant de terreur.
Une histoire parmi d’autres :
" Un soir à Edo, un marchand pressé rentrait chez lui à la lueur de sa lanterne lorsqu'il croisa un jeune garçon en habit de moine qui pleurait, dos à lui, au bord d'un pont désert. Pensant à un apprenti égaré, l'homme s'approcha doucement et lui posa une main bienveillante sur l'épaule pour lui demander ce qui ne allait pas. L'enfant s'arrêta brusquement de sangloter, se retourna d'un coup sec en révélant un visage parfaitement lisse au milieu duquel s'ouvrait un unique œil gigantesque et globuleux, tout en tendant vers l'homme une immense langue d'un rouge sanglant. Pris d'une terreur folle, le marchand lâcha sa lanterne et courut sans s'arrêter jusqu'à sa maison, sans savoir que le petit esprit riait aux éclats derrière lui, ravi de sa farce.
Représentations :
De par son caractère farceur et inoffensif, il permet de parler du folklore japonais sans forcément passer dans le registre de l’horreur et est donc souvent représenté.
On peut citer par exemple :
- Onmyoji (2018) : dans ce RPG stratégique basé sur le folklore nippon, hitotsume-kozô est un personnage jouable (un esprit de rareté R). Fidèle à son nom, il est représenté comme un petit moine bouddhiste chauve avec un énorme œil.
- Yo-Kai Watch (2013) : la franchise possède son propre hitotsume-kozō sous le nom de Yokœil. C’est un petit monstre rigolo très apprécié pour son design rétro.
Nombre de témoignages vérifiés sur Nichibunken :
Environ 80
6. Nurarihyon
滑瓢・Le vieillard très intrusif
Nurari (滑, lisse/glissant)
+
hyon (瓢, étrange/inattendu)
Le kanji utilisé est également celui utilisé pour la calebasse, la gourde (à cause de la forme de son crâne sans doute)
=
Étrange et insaisissable
Description :
Le nurarihyon est l’un des yôkai les plus énigmatiques, puissants et respectés du folklore japonais. Souvent surnommé « Le Maître de tous les Yôkai », il n’a pourtant rien d’un monstre destructeur. C’est un vieillard raffiné qui brille par son art suprême de l’intrusion.
Avec sa forme de vieil homme richement vêtu, doté d’un crâne allongé en forme de gourde, son pouvoir magique est l’absence totale de présence hostile. À la tombée de la nuit, il s’introduit calmement dans une maison cossue pendant que les propriétaires sont occupés.
Il s’installe dans le salon, se sert du thé et fume la pipe. Lorsque les habitants le croisent, son aura est si naturelle que tout le monde est persuadé qu’il est le « maître de maison » ou un invité de marque. Ils le servent donc avec respect. Ce n’est qu’après son départ que les humains reprennent leurs esprits et réalisent qu’ils ont hébergé un parfait inconnu !
Une histoire parmi d’autres :
" Un soir à l'époque d'Edo, alors que la maîtresse d'une riche demeure s'affairait en cuisine pour préparer le dîner, un vieil homme chauve au crâne étrangement allongé franchit silencieusement le seuil de la maison. Vêtu d'un luxueux kimono de soie, il s'installa confortablement dans la pièce de réception, alluma une pipe en bambou et se servit une tasse du meilleur thé de la famille. Lorsque le maître de maison entra dans la pièce, il vit cet homme s'installer comme s'il était chez lui... Pourtant, une étrange sensation d'évidence s'empara de son esprit, le poussant à s'incliner poliment et à lui proposer les meilleurs mets de son garde-manger. L'intrus passa la soirée à fumer et à contempler le jardin en silence, puis se leva et s'éclipsa dans la nuit. Ce n'est qu'une fois la porte close que le propriétaire réalisa qu'il venait de servir royalement un esprit qu'il n'avait jamais vu de sa vie.
Représentations :
La trace la plus ancienne datable avec certitude du nurarihyon est une petite silhouette de vieil homme au crâne chauve et bombé, peinte en 1737, puis reprise en 1776 dans le Gazu Hyakki Yagyô de Toriyama Sekien.
Ces deux images ne racontent rien de lui : ni nom, ni pouvoir, ni statut. C’est plus tard, au XXe siècle, que les livres pour enfants et les dessins animés (notamment GeGeGe no Kitarô) en ont fait le « chef » ou le « général » de tous les yôkai (un titre qu’aucun texte ancien ne lui attribue réellement).
Ce yôkai tel qu’on le connaît est donc avant tout une création moderne et on peut citer comme exemples :
- Nurarihyon no Mago (2008) : C’est l’œuvre de référence absolue pour ce yôkai. L’histoire suit Rikuo Nura, un adolescent qui est à un quart yôkai et aussi le petit-fils de nurarihyon. Il se découvre un jour la capacité de commander les yôkai, bien qu’il ne se souvienne de rien après coup.
- Yo-Kai Watch (2013) : il apparaît sous le nom de Zazel (mais s’appelle Nurarihyon en version japonaise). Il est le bras droit et le conseiller en chef du roi des yôkai (Enma). C’est un personnage extrêmement puissant, sérieux et élégant, très éloigné du vieillard d’origine, qui veille à l’équilibre entre le monde des humains et celui des esprits.
Nombre de témoignages vérifiés sur Nichibunken :
1 (vu que c’est avant tout une représentation moderne, c’est normal)
7. Bake-danuki (tanuki)
化け狸・Le chien-viverrin trompeur
Bake (化け, métamorphose)
+
tanuki (狸, chien-viverrin)
=
Chien-viverrin métamorphe
Description :
Tout comme pour le baku, le terme tanuki désigne un animal bien réel, à savoir le chien-viverrin. Lorsque l’on parle du yôkai, l’appellation complète est normalement bake-danuki mais il est devenu courant de l’appeler simplement tanuki. Il est réputé capable de se métamorphoser et de tromper les humains, souvent avec humour (feuilles transformées en pièces d’or, faux temples, …).
Dans le folklore, le tanuki possède huit attributs porte-bonheur, représentés sur les statues à l’entrée des restaurants japonais, que l’on appelle hassô-engi (八相縁起) :
- Le chapeau de paille qui protège des malheurs inattendus ;
- Le sourire qui représente l’amabilité et la convivialité pour accueillir les clients avec le sourire en toutes circonstances ;
- Les grands yeux pour bien observer son environnement, faire preuve de vigilance et prendre les bonnes décisions ;
- Le gros ventre, symbole de sang-froid et d’audace ;
- La carafe à saké qui symbolise la vertu et une vie sans manque ;
- Le carnet de compte qui symbolise la confiance et l’honnêteté dans les affaires
- La queue touffue représente la force et la stabilité pour mener à bien ses projets à terme ;
- La bourse (ou les attributs généreux) qui est traditionnellement associée à la richesse et à la prospérité financière car la peau de ses testicules était autrefois utilisée pour marteler l’or.
Il existe d’ailleurs des tanuki dépourvues du 8ème attribut, indiquant que ce sont des femelles.
Une histoire parmi d’autres :
" Alors qu'un chasseur rentrait chez lui, il fut pris d'un terrible pressentiment en voyant le comportement sauvage de sa mère et lui tira dessus avec son arc. En s'approchant du cadavre, il réalisa que sa vraie mère avait été tuée et dévorée depuis longtemps : le monstre qui avait pris sa place et s'apprêtait à le manger lui-même était un très vieux Tanuki métamorphe.
Représentations :
La nature de yôkai du tanuki en font aussi bien un être sournois et cruel, qu’honnête et fidèle. De nos jours cependant, il est avant tout représenté comme garant de la bonne fortune d’une entreprise.
Il est l’un des principaux yôkai utilisés dans la subculture japonaise, comme par exemple dans :
- Pompoko (1994) : c’est le film de référence absolue réalisé par Isao Takahata. Il met en scène une communauté de tanukis qui utilisent leur art ancestral de la métamorphose pour lutter contre l’urbanisation massive de la banlieue de Tokyo. Le film est une encyclopédie vivante de toutes les légendes et transformations traditionnelles associées à cet animal.
- Naruto (1999) : le démon à une queue, Shukaku (le démon scellé en Gaara), est un gigantesque tanuki de sable couvert de motifs de sceaux. Sa personnalité est d’ailleurs très proche du tanuki du folklore : fier, joueur et facilement irritable.
Nombre de témoignages vérifiés sur Nichibunken :
Environ 1.000
8. Nurikabe
塗壁・Le mur infinisible
Nuri (塗り, enduit/plâtré)
+
kabe (壁, mur)
=
Mur de plâtre
Dans le Japon ancien, les murs des maisons étaient faits d’argile ou de plâtre blanc et le nurikabe tire son nom de cette texture.
Description :
Yôkai originaire de Kyûshû (notamment de Fukuoka) qui prendrait la forme d’un mur invisible et infranchissable, bloquant soudain le passage d’un voyageur qui marche seul de nuit.
C’est un mur invisible (ou qui prend l’aspect d’un mur de plâtre) qui s’allonge à l’infini vers la gauche et vers la droite chaque fois que vous essayez de le contourner. Frapper le haut du mur ne sert à rien. Pour le faire disparaître instantanément, la légende dit qu’il faut utiliser un bâton et frapper le sol tout en bas du mur (au niveau de ses pieds invisibles), ce qui le fait s’évanouir.
Une histoire parmi d’autres :
" Tard dans la nuit, un colporteur lourdement chargé marchait d'un pas vif sur un sentier de campagne désert, impatient de regagner son village avant l'arrivée d'une tempête. Soudain, ses pieds heurtèrent un obstacle invisible : un immense mur venait de se dresser au milieu de nulle part, lui barrant totalement le passage. Pensant à une illusion, l'homme fit un détour par la droite, puis par la gauche, mais le mur semblait s'étirer à l'infini, s'élevant vers le ciel chaque fois qu'il levait les yeux. Épuisé et pris de panique après avoir frappé la paroi invisible de ses poings sans aucun résultat, il se souvint d'une vieille rumeur de vieillard. Il saisit sa canne en bois et asséna un coup violent sur le sol, tout en bas de l'obstacle. Dans un long gémissement de vent, le mur invisible s'effondra instantanément dans le vide, libérant le chemin du voyageur terrifié.
Représentations :
Le principe de ce yôkai est très apprécié des développeurs de jeux-vidéo japonais afin de cacher des salles au joueur.
On peut citer par exemple :
- Nioh (2017) : la licence intègre le nurikabe comme des murs illusoires qui bloquent l’accès à des pièces secrètes. Pour qu’il s’écarte sans combattre, le joueur doit décoder l’humeur du mur et faire une emote amicale, neutre ou agressive. En cas d’erreur, le mur s’anime, sort ses bras de pierre et devient un ennemi redoutable.
- Super Mario 64 (1996) : Nintendo a adapté le concept du nurikabe à son Whomp : une fois que le monstre s’est écrasé au sol, Mario doit sauter et faire une charge au sol sur son point faible pour le détruire.
Nombre de témoignages vérifiés sur Nichibunken :
7
9. Kamaitachi
Kama (鎌, faucille)
+
itachi (鼬, belette)
=
La belette à faucilles
Yôkai invisible souvent décrit comme une belette (ou un trio de belettes) armée de faucilles. Il provoque des coupures nettes et indolores sur la peau des passants, en particulier dans la région montagneuse de Kôshin’etsu (Nagano, Niigata).
Dans le folklore de cette région, le kamaitachi n’est pas seul mais fonctionne toujours en trio se déplaçant au cœur d’un tourbillon de vent. Leurs rôles sont ultra-synchronisés :
- La première belette bouscule la victime et la fait tomber au sol.
- La deuxième belette profite de la chute pour entailler la chair à la vitesse de l’éclair avec ses pattes en forme de lames acérées.
- La troisième belette applique instantanément une pommade magique sur la blessure.
La victime ne voit jamais son agresseur et découvre seulement après coup une entaille aussi nette que si elle avait été faite avec une lame de rasoir. Contrairement aux démons occidentaux ou aux esprits vengeurs (comme les Onryō), les yôkai liés aux éléments de la nature comme le kamaitachi ne sont pas fondamentalement « mauvais ». Ils incarnent simplement la nature : elle est sauvage, elle bouscule, elle peut blesser, mais elle s’auto-régule.
Ce trio fonctionne comme un cycle naturel complet :
- La force (celle qui fait tomber)
- La destruction (celle qui coupe)
- La guérison (celle qui soigne)
Le kamaitachi ne cherche pas à tuer sa victime, il exécute simplement sa nature de vent tourbillonnant. Appliquer la pommade est donc sa façon de rétablir l’équilibre.
On explique aujourd’hui ce phénomène par de minuscules tourbillons d’air froid capables de fendre la peau sans laisser de sensation immédiate, mais cette explication moderne n’efface rien de la terreur ancienne d’un mal invisible et imprévisible.
Une histoire parmi d’autres :
" Par une après-midi de givre dans les montagnes de la province de Shinano, un jeune bûcheron redescendait vers son village lorsqu'une violente bourrasque de vent glacé se leva soudainement, l'enveloppant dans un tourbillon de neige. Le jeune homme trébucha lourdement sur le sentier, mais se redressa presque aussitôt, pensant avoir simplement glissé à cause du blizzard. Ce n'est qu'en arrivant chez lui et en retirant sa veste qu'il découvrit avec stupeur une longue fente nette dans son vêtement, révélant une entaille profonde et parfaite sur sa peau. Pourtant, la plaie ne saignait pas et ne lui faisait pas mal, comme si le givre avait gelé sa chair à l'instant même de la blessure. Le vieil homme du village hocha la tête en souriant et lui dit : "Tu as croisé le tourbillon des trois belettes, estime-toi heureux qu'elles aient pensé à appliquer leur baume."
Représentations :
En raison de son association directe avec l’élément de l’Air, le vent et la vitesse pure, le kamaitachi est une source d’inspiration majeure notamment pour les techniques de combat dans les mangas.
On peut citer par exemple :
- Kamaitachi no Yoru (1994) : ce sound-novel culte, l’un des jeux les plus vendus de la Super Famicom (plus d’1,25 million d’exemplaires), emprunte le nom du yôkai comme métaphore de la lame invisible d’un tueur frappant dans un lieu isolé et enneigé. Il a donné lieu à divers portages ainsi qu’une série télévisée en 2002. Bien qu’il ne mette pas en scène la créature elle-même, le pourquoi du nom signifiant « la nuit du Kamaitachi » est clair.
- Naruto (1999) : Temari utilise un immense éventail pour invoquer des tornades tranchantes. Son invocation fétiche est une belette borgne armée d’une immense faucille nommée Kamatari, un hommage direct au yôkai. De plus, sa technique phare se nomme « Kamaitachi no Jutsu » (La Lame du Vent).
Nombre de témoignages vérifiés sur Nichibunken :
71
10. Tengu
天狗・L’esprit orgueilleux des montagnes
Ten (天, ciel/paradis)
+
inu (狗, chien)
Variante plus ancienne du kanji standard 犬
=
Chien céleste
Description :
Créature ailée au visage rouge et au long nez (ou bec), maître des montagnes sacrées, capable de voler et de manier des pouvoirs surnaturels. Tantôt craint, tantôt vénéré, il est l’un des yôkai les plus respecté, fier et redoutable de la mythologie japonaise. Vivant au sommet des montagnes sacrées, il est à la fois perçu comme un dieu de la guerre, un maître des arts martiaux et un gardien de la nature sauvage.
Mais pourquoi donc appeler « chien » une créature qui ressemble à un homme-oiseau ou à un colosse au nez interminable ?
Le nom vient en réalité d’une légende chinoise, le Tiāngǒu, une comète ou une étoile filante en forme de chien noir qui dévorait la lune lors des éclipses. En arrivant au Japon, le mythe a fusionné avec les divinités locales des montagnes (les kami) et les esprits des oiseaux de proie, transformant le « chien » en une créature ailée.
Il est également à l’origine des phénomènes de disparitions inexpliquées dans le folklore japonais : les kamikakushi (神隠し, caché par les Dieux). Connus pour punir l’orgueil, il arrivait qu’ils enlèvent des personnes trop sûres d’elles pour les laisser à plusieurs dizaines de kilomètres de là, déboussolées et incapables d’expliquer comment elles étaient arrivées là.
Une histoire parmi d’autres :
" Au XIIe siècle, le jeune prince orphelin Minamoto no Yoshitsune fut exilé dans un monastère secret sur le mont Kurama. Chaque nuit, il se glissait dans la forêt interdite où il fit la rencontre de Sôjôbô, le roi légendaire des tengus à la longue barbe blanche et au nez immense. Impressionné par le courage de l'enfant qui cherchait à venger sa famille, le dieu de la montagne décida de briser les lois divines en lui enseignant le secret des arts martiaux et l'art de l'escrime magique des tengus. Grâce à cet entraînement surnaturel, le jeune garçon devint le plus grand samouraï de l'Histoire du Japon, capable de sauter comme un oiseau et de vaincre des armées entières.
Si la majorité des tengu sont des esprits de montagne plus facétieux que réellement maléfiques, il existe cependant une exception de taille : l’empereur Sutoku (1119-1164). Vaincu lors de la guerre de Hôgen (1156) face à son frère l’empereur Go-Shirakawa, il fut exilé à Sanuki (actuelle préfecture de Kagawa), où il mourut après avoir, selon la légende, maudit la cour impériale en jurant de devenir le « grand démon du Japon ».
Son esprit se serait alors transformé en ô-tengu (grand tengu), le plus puissant et le plus redouté de tous les tengu, auquel on attribua ensuite plusieurs catastrophes et troubles politiques survenus après sa mort. C’est pour cette raison qu’il fait partie des Nihon San Dai Aku Yôkai. Ce trio est traditionnellement considéré comme les plus dangereux et les plus tenaces de tout le folklore japonais, chacun ayant directement menacé le pouvoir impérial lui-même.
La légende de l’empereur Sutoku :
" Vaincu et humilié, l'empereur déchu passa les dernières années de son exil à copier de sa main des sûtras bouddhiques, espérant les offrir à la capitale en signe de repentir et de paix. Mais la cour, craignant qu'ils ne soient porteurs d'une malédiction, les lui renvoya sans même les ouvrir. Fou de rage et de douleur, Sutoku se mordit la langue jusqu'au sang pour écrire, de ses propres fluides, un serment de vengeance sur les rouleaux sacrés eux-mêmes, jurant de devenir le plus grand démon du Japon pour faire du peuple des empereurs et des empereurs du peuple. Il mourut peu après sans avoir coupé ni ses cheveux ni ses ongles depuis des années, le visage, dit-on, déformé par la haine — et c'est sous cette apparence de démon ailé que son esprit continua de hanter la capitale.
Représentations :
Le tengu est le symbole absolu du guerrier ermite, ce qui en fait une figure incontournable des univers de combats et de fantasy.
On peut citer par exemple :
- Kimetsu no Yaiba (2016) : le maître d’armes du personnage principal, Tanjiro, porte en permanence un masque rouge de tengu au long nez. Ce choix esthétique n’est pas un hasard : dans le folklore, les tengus sont les plus grands maîtres de sabre du Japon et entraînent souvent les héros humains au fond des forêts.
- Sekiro (2019) : un mystérieux guerrier habillé d’une peau de loup et portant un masque de tengu chasse les « rats » (des assassins) avec une maîtrise du sabre terrifiante.
Nombre de témoignages vérifiés sur Nichibunken :
Environ 1.400
11. Tsukumogami
付喪神・Les objets plein d’âme
Tsuku (付, attacher)
+
mo (喪, deuil)
+
kami (神, divinité/esprit)
=
Divinité attachée au deuil / Esprit des objets rejetés
À l’origine, le mot ne s’écrivait pas ainsi. Dans les textes anciens du Xe siècle, on l’écrivait 九十九神 (mais la lecture était la même). Littéralement, cela signifie « esprit de 99 ans ».
Au Japon, le chiffre 100 symbolise la perfection et la complétude, donc un objet qui atteint 99 ans touche au sacré. Avec le temps, 99 a été remplacé par les kanjis 付喪 (tsukumo), qui expriment l’idée d’un objet « attaché au deuil », c’est-à-dire un vieil objet usé, oublié ou jeté par ses propriétaires.
Description :
Si vous prenez soin d’un objet (un parapluie, une lanterne ou une théière par exemple) pendant 100 ans, il développe une conscience et devient un tsukumogami. C’est assez similaire à chez nous quand on dit qu’un objet est chargé d’histoire par exemple.
S’il a été bien traité, il devient un esprit bienveillant. S’il a été jeté brutalement à la poubelle après de bons et loyaux services, il prend vie pour se venger des humains ingrats.
Une histoire parmi d’autres :
" Au Xè siècle, à Kyôto, une procession silencieuse quittait les collines derrière la ville pour descendre vers la capitale endormie chaque nuit. Des silhouettes aux visages d'hommes, de vieillards ou de bêtes, mais qui gardaient encore la texture d'un pot, d'un pilon ou d'un vieux tissu par exemple, se glissaient entre les maisons. Au matin, on retrouvait le bétail égorgé dans les enclos et des voyageurs disparus sur les chemins, sans jamais retrouver leurs corps. Ce n'étaient pourtant pas des démons venus d'ailleurs : c'étaient les objets que chacun avait jetés l'année précédente, revenus se venger de ceux qui les avaient abandonnés.
Représentations :
Les tsukumogami sont du pain béni pour les artistes étant donné que n’importe quel objet du quotidien fait l’affaire. Les possibilités sont donc quasi-infinies et peuvent servir à plusieurs objectifs, aussi bien humoristiques qu’horrifiques.
On peut citer par exemple :
- Pokémon (depuis 1995) : la franchise regorge de parfaits tsukumogami. Il y a entre autres Monorpale (et ses évolutions Exagide et Dimoclès) qui est une épée hantée par une âme, Motisma qui est un esprit électrique qui possède les appareils électroménagers (tondeuse, frigo, machine à laver…) ou encore Branette qui est une poupée de chiffon jetée qui cherche son ancien propriétaire.
- GeGeGe no Kitarô (depuis 1959) : les acolytes de Kitarô comptent deux des tsukumogami les plus célèbres du Japon : ittan-momen (un long rouleau de coton blanc qui vole dans les airs et sert de tapis volant) et nurikabe (un vieux mur de plâtre anthropomorphe qui protège ses amis).
Nombre de témoignages vérifiés sur Nichibunken :
3
12. Ittan-momen
一反木綿・Le linge volant
Ittan (一反, un tan)
C’est une ancienne unité de mesure japonaise utilisée pour la superficie des terrains et la longueur des tissus. Elle équivaut à peu près à un dixième d’hectare, soit environ 1.000m², ce qui représente la quantité de tissu nécessaire pour confectionner un kimono
+
momen (木綿, coton)
=
Rouleau de coton
Originaire du folklore de la préfecture de Kagoshima (Kyûshû), l’ittan-momen est une longue bande de tissu de coton blanc qui vole la nuit dans le ciel, ondulant comme un ruban. Dans la plupart des récits traditionnels, c’est un yôkai plutôt joueur qui aime frôler le visage des passants avant de s’enfuir en riant.
Cependant, dans certaines versions plus anciennes et plus sombres, il agit en véritable prédateur nocturne. Il plane silencieusement dans le ciel nocturne et, lorsqu’il repère un humain marchant seul, il descend en piqué pour s’enrouler violemment autour de son cou ou de son visage afin de l’étouffer.
Pour s’en débarrasser, la légende dit qu’il faut garder son sang-froid et trancher le tissu avec un sabre (chose que l’on a tous sur nous de nos jours). Le tissu saigne alors comme un être vivant avant de s’enfuir.
Une histoire parmi d’autres :
" Tard dans la nuit, un jeune paysan décida de couper à travers les bois sacrés d'Osumi pour rentrer plus vite chez lui, ignorant les avertissements des anciens sur les dangers nocturnes. Alors qu'il marchait sous la canopée, le vent tomba d'un coup et un grand drap blanc de dix mètres de long glissa silencieusement d'une branche haute pour se laisser tomber sur ses épaules. Pensant d'abord à un simple tissu perdu, l'homme tenta de s'en débarrasser, mais le coton s'anima soudainement comme un serpent et s'enroula frénétiquement autour de son cou et de son visage. Le tissu serra de toutes ses forces, bloquant sa respiration et étouffant ses cris dans un silence de mort. Le lendemain matin, les villageois retrouvèrent le corps sans vie du malheureux au pied d'un arbre, le visage bleui par l'asphyxie. L'ittan-momen s'était déjà envolé vers le ciel, ne laissant sur place que l'empreinte glaciale de son étreinte mortelle.
Représentations :
Grâce à sa silhouette longiligne et sa capacité à voler, ce yôkai est souvent réutilisé de manière beaucoup plus amicale dans les médias modernes, servant généralement de monture.
On peut citer par exemple :
- GeGeGe no Kitarô (depuis 1959) : Ittan-momen est un allié majeur du héros Kitarô. Il parle avec un accent très prononcé du Sud du Japon (Kyûshû) et sert régulièrement de tapis volant. Il peut aussi s’endurcir pour couper ses ennemis comme une lame ou se froisser pour esquiver les attaques.
- One Piece (1997) : dans l’arc de Whole Cake Island, parmi les objets animés par la magie de Big Mom (les Homies), on trouve plusieurs tapis et tissus volants doués de conscience qui partagent l’esthétique et le comportement de l’ittan-momen.
Nombre de témoignages vérifiés sur Nichibunken :
3
13. Kappa
河童・Le farceur des rivières
Kawa (河, rivière)
+
wappa (童, enfant/gamin)
=
Gamin de la rivière
Description :
Le kappa est l’un des yôkai les plus célèbres du Japon et on dit qu’il vit au bord des cours d’eau, des étangs et des marécages. Il fait à peu près la taille d’un enfant de quatre ou cinq ans, a une carapace sur le dos, un bec à la place de la bouche et des pattes palmées.
La coupelle remplie d’eau qu’il a sur la tête est sa force vitale : si elle se vide ou sèche, le kappa perd tous ses pouvoirs ou meurt. C’est pourquoi, si jamais vous en croisez un, il suffit de le saluer poliment en s’inclinant bien bas. Très poli par nature, il s’inclinera en retour et videra sa coupelle !
Une histoire parmi d’autres :
" Au-delà de son image facétieuse, le kappa est traditionnellement accusé de noyer les enfants et de tirer sous l'eau chevaux et bœufs venus boire, jusqu'à leur arracher un organe légendaire, le shirikodama. Il s’agit d’une perle que l’on imaginait se trouver dans les fesses et si on la retirait, la personne perdait toute vitalité et mourait. On dit également que les kappa apprécient le foie humain.
Représentations :
Malgré les histoires assez terrifiantes sur les kappa, ils ne sont pas toujours source de danger. À Tôkyô, entre les quartiers de Ueno et d’Asakusa, se trouve la rue Kappabashi qui est le royaume des professionnels de la restauration. On dit qu’elle s’appelle ainsi car les kappa qui vivaient dans la rivière voisine Sumida auraient, selon la légende locale, fait preuve d’empathie et aidé Kihachi Kappaya (un marchand de l’époque Edo) à rendre habitables les terres. Les kappa y sont donc respectés car associés à la prospérité des commerçants du quartier.
Parmi d’autres exemples dans la subculture nippone, on peut citer :
- Un été avec Coo (2007) : probablement le chef-d’œuvre cinématographique absolu sur le sujet. Ce film d’animation raconte l’amitié entre un jeune garçon et un petit kappa nommé Coo, qui a survécu caché dans un fossile depuis l’époque Edo. Le film explore avec beaucoup d’émotion la place de la nature et du folklore dans le Japon moderne.
- Pokémon (depuis 1995) : plusieurs Pokémon sont directement inspirés du kappa. Le plus évident est Lombre qui possède le type Eau/Plante et une feuille de nénuphar sur la tête qui imite parfaitement la coupelle du Kappa. Akwakwak partage également cette inspiration.
Nombre de témoignages vérifiés sur Nichibunken :
Environ 1.150 témoignages à travers tout le Japon au travers de 37 appellations régionales différentes (Gappa, Okappasama, Kawappa…)
14. Bakeneko
化け猫・Le chat trompe énormément
Bake (化け, métamorphose)
+
neko (猫, chat)
=
Chat métamorphe
Description :
Chat devenu yôkai en vieillissant, capable de marcher debout, de parler et de se métamorphoser en humain (souvent pour se venger d’un tort qu’on lui a fait ou qu’on a fait à son ancien maître).
Dans les croyances japonaises, un chat domestique se transforme en bakeneko s’il remplit certaines conditions :
- s’il vit plus de 13 ans ;
- s’il atteint un poids important ;
- ou s’il commence à lamper l’huile des lampes à pétrole (ce qui arrivait souvent car l’huile traditionnelle était faite à base de graisse de poisson, attirant les chats).
Une fois transformé, le bakeneko acquiert des pouvoirs effrayants ! Il peut marcher sur ses pattes arrière, parler la langue humaine, manipuler brièvement les morts et créer des feux follets.
Une histoire parmi d’autres :
" La légende du « trouble de Nabeshima », issue du fief de Saga à l'époque d'Edo, raconte comment le seigneur Nabeshima Mitsushige, furieux d'avoir perdu une partie de go, tua son vassal. La mère de la victime, effondrée de chagrin, se donna la mort. Son chat, se transforma alors en créature vengeresse. Un soir, l'animal s'inflitra dans la chambre d'O-Toyo, la favorite du seigneur Nabeshima.
Il aspira son dernier souffle avant d'enterrer son corps sans vie sous les dalles du jardin, puis prit son apparence exacte pour s'infiltrer chaque soir dans la couche du seigneur et boire secrètement son sang. Le seigneur faiblissait de jour en jour, assailli de cauchemars, tandis que ses gardes s'endormaient tous mystérieusement dès que la nuit tombait. Seul un jeune soldat courageux réussit à rester éveillé en se plantant un poignard dans la cuisse et put faire s'enfuir le monstre vers les montagnes, délivrant ainsi le domaine de sa terrible malédiction.
Représentations :
Le chat étant de base un animal extrêmement populaire, peuplant un grand nombre d’habitations, le bakeneko est très courant de l’utiliser pour en faire soit un compagnon, soit une menace. La plupart des gens vivant avec au moins un chat connaissent bien le côté imprévisible de ce félin…
Parmi les exemples de subculture on peut citer :
- Mononoke (2007) : l’arc final s’intitule « Bakeneko » et raconte l’histoire tragique de l’esprit d’un chat vengeur qui hante une famille noble à l’époque d’Edo afin de faire éclater une vérité macabre.
- Persona 5 (2016) : le personnage de Morgana ressemble à un chat noir anthropomorphe dans le monde réel (bien qu’il insiste sur le fait qu’il n’est pas un chat !). Il peut se transformer en camionnette dans les donjons et parle couramment, ce qui reprend les caractéristiques majeures du bakeneko (la parole et la métamorphose).
Nombre de témoignages vérifiés sur Nichibunken :
37
15. Nekomata
猫又・Le chat à queue fourchue
Neko (猫, chat)
+
mata (又, répétition/bifurcation)
=
Chat bifurqué
Description :
Variante du yôkai précédent reconnaissable à sa queue fourchue, considérée comme le signe d’un pouvoir surnaturel plus grand encore que le bakeneko ordinaire.
Selon les chroniques médiévales (comme le « Tsurezuregusa » du XIVe siècle), lorsqu’un chat domestique atteint un âge extrêmement avancé (plus vieux encore qu’un bakeneko), sa queue commence à se fendre par le milieu pour former deux queues distinctes et devient un nekomata.
Ce faisant, il acquiert la capacité de pratiquer la nécromancie : il peut faire danser les cadavres comme des marionnettes en agitant ses deux queues. Cette faculté est bien plus puissante que celle du bakeneko. Les plus redoutables fuient les habitations pour s’installer dans les montagnes, où ils grandissent jusqu’à atteindre la taille d’un léopard et dévorent les voyageurs.
Une histoire parmi d’autres :
" Au cœur des montagnes escarpées de la province de Nanto, les villageois évitaient de traverser les cols après le coucher du soleil à cause d'une bête féroce qui hantait les bois. Un soir de tempête, un samouraï égaré aperçut une silhouette féline monstrueuse, de la taille d'un jeune ours, tapie sur une branche au-dessus du sentier. À la lueur d'un éclair, l'homme vit avec horreur que la créature possédait deux longues queues rousses qui ondulaient de manière synchrone, tandis que ses yeux brillaient d'une intelligence humaine. D'un simple geste de ses appendices fourchus, le monstre fit se redresser deux cadavres de voyageurs disparus, les manipulant comme des poupées désarticulées pour entourer le guerrier. Ce dernier ne dut sa survie qu'à la rapidité de son sabre, parvenant à trancher l'une des queues de la bête qui s'enfuit dans les ombres en poussant un hurlement.
Représentations :
Pour les mêmes raisons que le bakeneko, ce yôkai est très présent dans le folklore japonais et dans la subculture, car très apprécié de par sa nature féline (bien qu’il ne soit pas forcément gentil).
On peut citer par exemple :
- Naruto (1999) : le démon à deux queues Matatabi (aussi appelé Nibi) est l’hommage le plus direct au nekomata. C’est un chat gigantesque fait de flammes bleues spectrales possédant deux queues massives, capable de contrôler le feu et lié à l’imagerie des esprits de la mort de par son apparence spectrale.
- Blue Exorcist (2009) : le personnage de Kuro, le familier du héros Rin Okumura, est un démon chat qui est graphiquement un nekomata. C’est un chat noir avec deux queues, capable de devenir géant lorsqu’il est en colère ou qu’il doit protéger son maître.
Nombre de témoignages vérifiés sur Nichibunken :
25
16. Ubume
Ubu (産, naissance)
+
me (女, femelle)
Avant, ce terme désignait plus précisément une femme ou un épouse
=
Femme sur le point de donner naissance
Description :
Fantôme d’une femme morte pendant l’accouchement, ou avant d’avoir pu tenir son enfant dans ses bras. Elle apparaît la nuit sur les routes avec un nourrisson serré contre elle et est l’incarnation même du fantôme maternel : l’esprit d’une femme morte en couches ou en fin de grossesse, consumée par le regret et le désir farouche de protéger son enfant.
L’ubume a pour habitude de demander de l’aide aux passants, souvent isolés, pour tenir son bébé avant de disparaître. Le poids de l’enfant ne fait alors qu’augmenter, jusqu’à ce que l’ubume revienne le récupérer. Si la personne n’a pas lâché l’enfant, il est récompensé par un cadeau comme une force prodigieuse par exemple. Par contre, si elle le lâche, les mains de l’enfant deviennent des griffes de fer.
Il s’agrippe alors à la chair de la victime pour l’immobiliser au sol, tandis que le poids augmente de façon exponentielle jusqu’à écraser les organes, briser les os du thorax et étouffer le malheureux dans l’obscurité. L’ubume réapparaît alors pour dévorer les restes ou emporter l’âme du lâche.
La tradition rapporte que lorsqu’une femme mourait enceinte, on prenait soin de sortir l’enfant de son ventre avant l’enterrement, précisément par crainte de cette transformation.
Une histoire parmi d’autres :
" Un jeune colporteur cupide et pressé rentrait chez lui à la nuit tombée lorsqu'il croisa une femme spectrale, livide, dont le kimono était à moitié imbibé de sang. Elle lui tendit un paquet de tissus en pleurant : « Tenez-le, je vous en supplie, mes bras ne peuvent plus le porter ».
Le marchand prit le bébé, mais pris d'un terrible dégoût en sentant une odeur de décomposition et de sang séché s'échapper des langes, il paniqua. Dès que la femme fit un pas en arrière pour disparaître dans la brume, l'homme jeta brutalement le paquet au sol pour s'enfuir.
Un cri strident, semblable à celui d'un oiseau de proie blessé, déchira la nuit. Le paquet s'ouvrit alors : ce n'était pas un enfant vivant, mais un fœtus desséché aux yeux exorbités qui bondit sur les jambes du marchand.
Ses petites mains s'enfoncèrent profondément dans ses mollets. Pris de terreur, l'homme essaya de courir, mais à chaque pas, le fœtus devenait de plus en plus lourd. Puis, ses genoux cédèrent dans un craquement sinistre. Alors qu'il rampait dans la boue, le thorax broyé par la charge invisible, la silhouette de la mère se jeta sur lui.
Le lendemain matin, les villageois ne retrouvèrent que le corps du marchand, les yeux grands ouverts de terreur, la cage thoracique totalement aplatie sous un simple morceau de roche brute taché de sang.
Représentations :
En raison de son statut dramatique, l’ubume est un yôkai très prisé pour des rôles de démons tragiques dans les œuvres de fiction.
- Natsu no Ubume (1994) : ce roman policier/fantastique de Natsuhiko Kyôgoku est très connu au Japon. Il fut d’ailleurs adapté au cinéma en 2005 ainsi qu’en manga en 2013. Il utilise la légende de l’ubume pour construire une enquête complexe autour d’une femme enceinte depuis plus de vingt mois et dont le mari a mystérieusement disparu.
- Kimetsu no Yaiba : le guide du Vent (2022) : dans ce light novel officiel centré sur le pilier du Vent, ubume est l’antagoniste principale sous la forme de la Lune Démoniaque Inférieure Numéro Un. Fidèle au mythe, ce démon manipule les illusions et possède un amour maternel profondément déformé, kidnappant des enfants maltraités pour « les élever » à sa manière.
Nombre de témoignages vérifiés sur Nichibunken :
48
17. Inugami
犬神・L’esprit canin enragé
Inu (犬, chien)
+
kami (神, dieu/esprit)
=
Chien-dieu / Esprit-chien
Description :
L’inugami est l’une des malédictions les plus sombres du Japon. Esprit vengeur canidé, transmis héréditairement au sein de certaines familles (des traditions particulièrement attestées à Shikoku), il est capable par exemple de posséder une personne extérieure à la famille et de la maudire ou d’apporter la richesse à ses maîtres.
Contrairement à la plupart des yôkai de cette liste, l’inugami n’est pas une créature qu’on croise par hasard : c’est un pouvoir hérité, transmis de génération en génération au sein d’un même lignage, parfois à l’insu même de ses descendants.
L’inugami est un shikigami, c’est-à-dire un esprit servant, créé artificiellement par l’homme à travers un rituel d’une cruauté absolue : on enterrait un chien vivant jusqu’au cou, tout près d’une nourriture qu’il ne pouvait pas atteindre, et on le laissait ainsi mourir de faim et de rage pendant des jours. Au moment où la faim et la rage de l’animal atteignaient leur paroxysme, on tranchait sa tête. C’est cette souffrance extrême, transformée en pure fureur, qui donnait naissance à l’esprit vengeur, désormais lié pour toujours à la famille qui l’avait créé et à son service contre quiconque s’y opposerait.
Une histoire parmi d’autres :
" Dans la province de Tosa, une ancienne lignée de marchands était secrètement redoutée par tout le village car on les soupçonnait de posséder un inugami. Une nuit, un rival commercial qui avait tenté de ruiner la famille fut pris de convulsions violentes dans son lit, hurlant et bavant comme un animal enragé, tandis que des traces de morsures invisibles apparaissaient sur sa chair. Les villageois comprirent que le Dieu-Chien avait été libéré : l'esprit, prenant la forme d'une tête de chien squelettique volant au milieu de flammes sombres, hanta la maison du rival jusqu'à ce que ce dernier meure de folie et d'épuisement. Mais cela a un prix : quelques années plus tard, la faim insatiable de l'inugami se retourna contre ses propres maîtres, dévorant l'esprit de l'aîné de la famille qui l'avait créé, prouvant qu'une créature née de la pure souffrance finit toujours par consumer ceux qui croient la contrôler...
Représentations :
L’inugami incarne la loyauté féroce poussée jusqu’à la folie et la possession destructrice, un thème parfait pour la dark-fantasy et les mangas d’exorcisme notamment.
On peut citer notamment :
- Bleach (2001) : le capitaine de la 7ème division du Gotei 13, Sajin Komamura, est une réinterprétation directe et magistrale du mythe de l’inugami, mais retournée de façon noble et héroïque.
- Gintama (2003) : ce manga parodie le mythe avec Sadaharu, l’immense chien blanc de la bande. Bien qu’il ait l’air d’un animal de compagnie géant, il est en réalité un inugami qui protège les lignes d’énergie de la Terre.
Nombre de témoignages vérifiés sur Nichibunken :
205
18. Yuki-onna
Yuki (雪, neige)
+
onna (女, femme)
=
Femme des neiges
Description :
Dans les légendes des régions montagneuses (comme dans le Tôhoku au Nord de l’île principale), la yuki-onna apparaît les nuits de violente tempête. Elle est décrite comme une femme d’une blancheur et d’une beauté surnaturelles, vêtue d’un kimono blanc mortuaire, avec une peau si pâle qu’elle se confond avec la neige qui l’entoure.
Elle se déplace en flottant au-dessus de la poudreuse sans jamais laisser la moindre empreinte. Son arme la plus terrible est son souffle de givre. D’un simple baiser ou d’une expiration glaciale, elle aspire l’énergie vitale (ki) des voyageurs égarés et les transforme instantanément en statues de glace.
Selon les régions, elle est tantôt une entité purement meurtrière, tantôt une créature ambivalente capable d’épargner ceux qui lui inspirent de la pitié.
Une histoire parmi d’autres :
" Dans la version popularisée par Lafcadio Hearn (Koizumi Yakumo) dans Kwaidan (1904), un jeune bûcheron nommé Minokichi voit la yuki-onna tuer son maître d'un simple souffle glacé. Elle l'épargne cependant à une seule condition : qu'il ne révèle jamais à personne ce qu'il a vu cette nuit-là. Des années plus tard, Minokichi épousa une magnifique et douce jeune femme nommée Oyuki, avec qui il eut plusieurs enfants. Un soir d'hiver, en la regardant coudre à la lueur de la lune, il se souvint de son secret et lui raconta candidement sa terrifiante aventure passée. Le sourire d'Oyuki s'effaça instantanément, sa peau redevint d'une pâleur spectrale et elle murmura d'une voix de glace : « Cette femme, c'était moi... Si je ne te tue pas ce soir, c'est uniquement pour nos enfants, mais romps encore une promesse et tu connaîtras l'enfer », avant de se dissoudre en une brume de neige et de disparaître à jamais dans la tempête.
Représentations :
Les représentations de femmes fatales liées à la glace sont monnaie courante dans les médias japonais justement à cause de la yuki-onna. Belle et dangereuse, elle ne manque pas d’inspirer les auteurs nippons.
On peut citer notamment :
- Bleach (2001) : le zanpakutô de Rukia Kuchiki, Sode no Shirayuki (considéré comme le plus beau sabre de type glace de la Soul Society), prend la forme humaine d’une femme magnifique vêtue d’un kimono blanc immaculé avec de longs cheveux clairs, un hommage direct à l’esthétique de la yuki-onna.
- Pokémon (depuis 1995) : Momartik est la copie conforme de la yuki-onna. C’est un Pokémon de type Glace/Spectre exclusivement femelle, arborant la silhouette d’une femme en kimono blanc dont le corps semble flotter sans pieds. Les descriptions du Pokédex font d’ailleurs écho au yôkai en précisant par exemple qu’elle congèle les humains qu’elle trouve beaux pour les exposer secrètement dans sa tanière de glace.
Nombre de témoignages vérifiés sur Nichibunken :
28
19. Ao-bôzu
Ao (青, bleu/vert)
Symboliquement, dans l’art théâtral et folklorique japonais, cette couleur est associée aux fantômes, au péché et à la corruption spirituelle
+
bôzu (坊主, moine bouddhiste/bonze)
=
Bonze bleu
Description :
Ao-bôzu est un nom recueilli un peu partout au Japon pour désigner des êtres très différents. On le décrit tantôt comme un grand moine à la peau bleutée, tantôt comme un moine borgne, tantôt comme un petit personnage lié à une divinité de la montagne.
Toriyama Sekien l’a dessiné dans le Gazu Hyakki Yagyô (1776) sous la forme d’un moine à un seul œil debout près d’une cabane, mais sans aucune légende : on ne sait rien de ce qu’il voulait dire par là. On a avancé qu’il s’inspire du Me-hitotsu-bô (« moine à un œil ») du Hyakkai Zukan de Sawaki Sûshi (1737), et que le « bleu/vert » vise un moine pas encore mûr dans sa pratique. Aucune de ces hypothèses n’est certaine.
À Shizuoka, il s’agit d’un esprit tapis dans les champs de blé qui kidnappe les enfants jouant dehors au coucher du soleil. À Kagawa, il hante les routes sombres et demande aux femmes si elles veulent être pendues, les attaquant sauvagement si elles font semblant d’ignorer sa question. Selon les régions, il est également une belette ou un tanuki transformé, un génie de montagne, ou un épouvantail à enfants.
Une histoire parmi d’autres :
" Par un soir de printemps dans la préfecture de Shizuoka, un jeune garçon désobéissant continuait de courir au milieu des champs de blé en fin de journée. Alors que la nuit tombait et que la brume s'élevait du sol, une silhouette colossale de plus de trois mètres de haut surgit silencieusement d'un tournant du chemin. Vêtu d'une lourde robe de moine en lambeaux, le géant révéla un visage à la peau d'un bleu spectral au milieu duquel s'ouvrit un unique œil gigantesque et injecté de sang. D'un geste vif et surnaturel, l'Ao-bōzu projeta ses longues manches pour envelopper l'enfant figé par la terreur, étouffant ses cris avant de s'enfoncer avec lui dans les profondeurs de la forêt sacrée...On ne revit jamais le garçon, et les anciens rappelèrent aux enfants du village qu'à l'heure où le jour glisse vers la nuit, les moines déchus réclament toujours leur dû.
Représentations :
Le concept du moine déchu est parfait pour créer des personnages soit à combattre, soit qui aident le héros de manière non conventionnelle dans les univers fantastiques.
On peut citer notamment :
- Muramasa : the Demon Blade (2009) : l’ao-bôzu y apparaît comme le tout premier boss du scénario de l’héroïne Momohime. C’est un gigantesque moine bouddhiste corrompu, ivre de vengeance et de rancœur, qui utilise sa puissance colossale pour tenter de capturer l’âme de la protagoniste.
- Ninja Senki/DX (2010/2015) : Le jeu intègre les ao-bôzu comme un type d’ennemis magiciens vêtus de tuniques bleues. Ils flottent et chargent des orbes d’énergie spirituelle qu’ils projettent dans plusieurs directions pour barrer la route au joueur.
Nombre de témoignages vérifiés sur Nichibunken :
9
20. Kuro-bôzu
黒坊主・Le moine force noire
Kuro (黒, noir)
Symboliquement, dans l’art théâtral et folklorique japonais, cette couleur est associée aux forces maléfiques cachées dans la nuit
+
bôzu (坊主, moine bouddhiste/bonze)
=
Bonze noir
Description :
Le kuro-bôzu est encore plus flou que son cousin bleu. Dans les légendes (notamment dans la préfecture de Kumamoto), le kuro-bōzu n’a pas de corps solide. Il ressemble à une silhouette humanoïde noire et visqueuse, comme de la suie ou de l’encre vivante, avec un crâne chauve et rond.
Il s’introduit dans les maisons au milieu de la nuit, lorsque les lumières sont éteintes. Il rampe silencieusement sur le lit des humains endormis, se place juste au-dessus de leur visage et commence à aspirer leur souffle et leur énergie vitale (ki). La victime se réveille alors en pleine nuit, incapable de bouger ou de crier, ressentant un poids immense et glacé sur sa poitrine (la description parfaite de la paralysie du sommeil).
Contrairement aux autres bôzu, il ne s’installe nulle part. Ses apparitions s’arrêtent d’elles-mêmes, ou dès que l’on déménage.
Une histoire parmi d’autres :
" Dans une ville de la province de Kumamoto vivait un vieux marchand d'étoffes connu pour sa fortune et sa solitude. Il se réveilla une nuit avec la sensation atroce qu'une enclume de glace écrasait sa poitrine. Paralysé, incapable de pousser le moindre cri, il ouvrit les yeux et vit une masse de suie noire et gélatineuse, haute de deux mètres, penchée au-dessus de son visage. Le kuro-bôzu n'avait pas de visage mais le vieil homme sentit une salive fétide et glacée couler sur ses joues alors que le monstre commençait à aspirer son souffle à grandes goulées.
Terrifié, le marchand parvint, après un effort surhumain, à libérer un bras pour saisir son couteau de poche posé près de son chevet. Il frappa frénétiquement la créature à plusieurs reprises. Mais la lame ne fit que traverser le vide, coupant l'ombre comme on coupe de l'eau. Le kuro-bôzu resserra son étreinte visqueuse, étouffant les derniers râles de l'homme dans une obscurité totale.
Le lendemain matin, les employés découvrirent le marchand mort dans son lit. Ses yeux étaient grands ouverts de terreur et sa bouche restait figée dans un cri silencieux...
Représentations :
Le concept de l’ombre visqueuse et chauve qui aspire l’énergie ou manipule l’obscurité est un archétype très utilisé pour les monstres de l’ombre.
On peut citer notamment :
- Kimetsu no Yaiba (2016) : bien qu’il ne soit pas nommé ainsi, le démon de l’arc initial (le Démon du Marais) qui manipule des flaques d’ombre pour surprendre ses victimes dans leur lit ou dans les ruelles est une référence directe à l’angoisse générée par le kuro-bôzu.
- GeGeGe no Kitarô (depuis 1959) : le kuro-bôzu y apparaît comme un antagoniste marquant. Il posséde tous les codes du yôkai et posséde notamment la faculté d’aspirer l’énergie vitale.
Nombre de témoignages vérifiés sur Nichibunken :
0 (sa nature immatérielle et ses agissements dans le sommeil de ses victimes le rendent invisibles de toute source sûre)
21. Umi-bôzu
海坊主・Le moine force marine
Umi (海, mer)
+
bôzu (坊主, moine bouddhiste/bonze)
=
Bonze de la mer
Description :
L’umi-bôzu est l’un des grands yôkai marins, et le plus redouté des trois bôzu. On le voit surtout en mer, de nuit ou en pleine tempête : la surface calme se soulève soudain et laisse émerger une énorme ombre noire, ou une tête chauve de moine. On ne voit presque jamais le corps entier, seulement la tête et les épaules au-dessus des vagues. Évidemment il n’est pas très amical et renverse les bateaux, entraînant les marins par le fond.
Dans de nombreuses régions côtières du Japon, l’umi-bôzu surgit des flots et ordonne aux marins d’une voix d’outre-tombe de lui donner un tonneau (ou une louche dans certaines versions). L’entité s’en sert alors avec une vitesse surhumaine pour puiser l’eau de l’océan et la déverser mécaniquement dans le bateau jusqu’à ce qu’il coule.
Pour survivre, les marins expérimentés gardent toujours à bord un tonneau ou une louche dont ils ont percé le fond. Lorsque le monstre tente de l’utiliser, l’eau s’écoule à travers sans jamais remplir le navire, ce qui laisse le temps à l’équipage de s’enfuir pendant que l’esprit s’acharne en vain.
On explique son existence de deux façons : soit le fantôme de noyés, soit un ancien dieu-dragon déchu qui réclame des sacrifices.
Une histoire parmi d’autres :
" Dans la province de Sanuki, un équipage de pêcheurs imprudents décida de braver les tabous en prenant la mer durant la nuit de l'Obon (la fête des morts). Alors qu'ils jetaient leurs filets dans un silence de plomb, l'eau devint noire comme de la suie et une silhouette colossale sans visage, au crâne chauve et luisant, émergea lentement des vagues, masquant les étoiles. L'Umibōzu tendit une main immense vers le navire et murmura un grondement sourd, réclamant le traditionnel tonneau de bois. Pris de panique, le jeune mousse lui lança le baril de la cuisine sans réfléchir.L'Umibōzu saisit l'objet, le remplit d'eau de mer et commença à la déverser méthodiquement sur le pont, encore et encore, avec une régularité mécanique et impitoyable. En quelques minutes, le navire, alourdi, commença à sombrer dans les eaux glaciales. Les marins hurlèrent et tentèrent de nager, mais la masse noire de l'Umibōzu se liquéfia, créant un tourbillon d'encre géant qui aspira les hommes et l'épave dans les abysses, ne laissant à la surface qu'un tonneau vide flottant sur une mer redevenue instantanément calme.
Représentations :
En raison de sa taille titanesque et de son aura mythique, l’umi-bôzu est une source d’inspiration incontournable pour les monstres marins ou les personnages à la carrure colossale.
On peut citer notamment :
- One Piece (1997) : à la fin de l’arc de Thriller Bark, alors que le bateau navigue dans le brouillard du Triangle de Florian, des umi-bôzu aux yeux luisants se dressent au loin, s’élevant jusqu’aux nuages. De plus, l’immense homme-poisson Wadatsumi est clairement inspiré de l’umi-bôzu.
- City Hunter (1985) : l’immense mercenaire chauve portant des lunettes de soleil utilise le nom de code Umibôzu (Mammouth en VF). C’est un clin d’œil humoristique de l’auteur à sa stature de colosse et à son crâne rasé.
Nombre de témoignages vérifiés sur Nichibunken :
48
22. Oni
鬼・L’emblématique démon japonais
N’étant composé que d’un caractère, c’est lui que nous allons étudier. Le caractère 鬼 représentait à l’origine (en Chine ancienne) une silhouette humaine surmontée d’une énorme tête, ou d’un masque, et dotée d’une queue. Chaque partie du kanji est donc là pour sa représentation visuelle plus que pour son sens.
丿 (clé de la corne)
+
由 (la tête ou le masque)
+
儿 (le corps)
+
厶 (la queue)
=
Une personne portant un grand masque à corne / Une personne avec une grosse tête et une corne
Le kanji se lit oni mais peut également se lire ki. À l’origine, il désignait plus largement tout esprit invisible, avant de se fixer sur l’image du démon cornu que l’on connaît aujourd’hui.
Description :
Ce sont des géants humanoïdes à la peau rouge, bleue ou noire, munis de cornes, de crocs et souvent d’une massue cloutée (kanabô). Ils sont les figures les plus universellement reconnues du mal surnaturel japonais, cités dès le Nihon Shoki du VIIIe siècle.
Ils sont traditionnellement associés aux tourments de l’enfer bouddhique (jigoku), où ils torturent sans relâche les âmes des pécheurs. Le rituel de Setsubun, où l’on jette des graines de soja en criant « Oni wa soto ! » (« Dehors, les démons ! »), perpétue encore aujourd’hui, chaque hiver, la mémoire de cette peur ancestrale.
Savez-vous pourquoi les oni ont des cornes de bœuf et un pagne en peau de tigre ?
Dans le zodiaque japonais, la direction du Nord-Est est appelée la « Porte des Démons » (Kimon). Cette direction se situe exactement entre le signe du Bœuf et celui du Tigre. Pour matérialiser cette porte maudite, les anciens ont donné à l’oni les attributs de ces deux animaux.
Une histoire parmi d’autres :
" Par une nuit de violent blizzard, un bûcheron pressé commit l'erreur de siffler en traversant un col de montagne, brisant un vieux tabou local. Soudain, un colosse à la peau rouge sang et aux deux cornes acérées surgit de la tempête, lui bloquant le passage. L’Oni posa sa lourde massue de fer (Kanabō) sur le sol et proposa un pacte sadique au voyageur terrifié : « Chante-moi une mélodie. Si ta voix me plaît, je te laisse passer. Si tu t'arrêtes ou si tu rates une note, je te dévore ». Le bûcheron, la gorge nouée par la peur et le froid, commença à chanter une ballade traditionnelle d'une voix tremblante. L'Oni écoutait en souriant, battant la mesure avec ses griffes.Mais au bout de quelques minutes, le givre gela les lèvres et les cordes vocales du malheureux, qui manqua une note dans un étouffement. D'un seul mouvement de bras, l'Oni lui brisa la cage thoracique d'un coup de massue, avant de traîner son corps sans vie dans sa caverne pour s'en nourrir, laissant la tempête effacer ses traces.
Les oni étant l’incarnation même du mal au Japon, il existe une grande quantité de légendes sur eux. Ils ont même une hiérarchie, et le plus connu des ogres s’appelle Shuten-dôji et il est l’un des Nihon San Dai Aku Yôkai. Ce trio est traditionnellement considéré comme les plus dangereux et les plus tenaces de tout le folklore japonais, chacun ayant directement menacé le pouvoir impérial lui-même.
Chef d’une bande d’oni retranchée sur le mont Ôe (à la frontière des provinces de Tanba et Tango, près de Kyôto), à l’apparence de géant cornu à la peau rouge, buvant du saké en quantités phénoménales, d’où son nom (les kanji de Shuten 酒呑 signifient « alcool » et « boire »). C’est l’un des plus célèbres antagonistes de tout le folklore japonais, opposé au guerrier légendaire Minamoto no Yorimitsu.
La légende de Shuten-dôji :
" Selon le Ôeyama Ekotoba (XIVe siècle), Shuten-dôji et sa bande enlevaient régulièrement de jeunes femmes de la capitale et dévoraient les malheureux qui croisaient leur chemin.Le guerrier Minamoto no Yorimitsu et ses quatre lieutenants se déguisèrent en moines errants pour s'infiltrer dans son repaire. Accueillis et invités à boire par le démon lui-même, persuadé qu'ils n'étaient que des voyageurs inoffensifs, ils droguèrent son saké d'un puissant poison, puis lui tranchèrent la tête pendant son sommeil.
Même décapitée, la tête du démon aurait bondi une dernière fois pour tenter de mordre Yorimitsu, refusant jusqu'au bout d'admettre sa propre mort.
Représentations :
L’oni est partout dans les médias japonais. Étant l’incarnation du mal, il est l’antagoniste par excellence pour tout média ouvert sur le surnaturel.
On peut citer notamment :
- Kimetsu no Yaiba (2016) : impossible de ne pas citer ce manga lorsque l’on parle d’oni. Le titre original japonais du manga signifie « La lame du tueur de démons », et les monstres que combattent les héros sont appelés des oni. L’auteur a repris les caractéristiques classiques : la régénération, la force surhumaine, les cornes et le fait qu’ils dévorent les humains.
- Dragon Ball (1984) : dans le royaume des morts, les assistants du Roi Enma (le juge des âmes) sont des oni. On trouve notamment Goz (l’oni bleu) et Mez (l’oni rouge), reconnaissables à leur peau colorée, leurs cornes et leurs débardeurs siglés « HELL ». Ils y sont représentés de manière humoristique comme des fonctionnaires de l’au-delà.
Nombre de témoignages vérifiés sur Nichibunken :
775
Rendez-vous demain pour la suite !
Conclusion
Ces dernières années, l’Obon s’est considérablement diversifié. Il n’est pas rare que les familles ne se réunissent pas entre proches. On peut dire que la difficulté de rentrer chez soi en raison de la pandémie de COVID-19 a largement contribué à cette évolution des pratiques.
On observe également une évolution dans les produits liés à l’Obon, avec par exemple des plats végétariens pour le ryôgu-zen (petit plateau de laque traditionnellement garni d’un repas végétarien bouddhiste offert aux ancêtres et aux défunts devant l’autel bouddhique) pouvant être préparés au micro-ondes ; ou encore des lanternes d’Obon compactes faciles à ranger.
L’essentiel réside dans le sentiment de gratitude et de respect envers les ancêtres : quelle que soit la forme que prend la célébration de l’Obon, cela n’a pas d’importance tant que l’on honore la mémoire de ses ancêtres.
En apprendre toujours plus sur la culture japonaise est toujours très important quand on s’intéresse à un pays et permet de profiter bien plus lors d’un voyage. Si vous souhaitez en plus de ça échanger avec des locaux, qui parlent très peu anglais, passez voir ma formation en ligne de japonais !
SOURCES
À propos de l'auteure
Marion, passionée du Japon qui propose des formations de japonais en ligne ainsi que des voyages au Japon.


Trop cool cette série sur les Yôkai à venir! Merci beaucoup Marion!
Merci beaucoup pour cette série 🥹
C’est super intéressant ! J’ai hâte de découvrir les autres 😀
Vraiment intéressant cette série de yōkai pour le mois d’octobre ! Avec une brève histoire des yōkai en plus ! ❤️
Vivement de découvrir les autres, je me demande quel yōkai sera le 31ème. 😱
Trop coooool cette série d’articles sur les Yokai! Je ne connaissais pas le 1er! Hâte de découvrir les autres 🤩 j’adore les histoires de Yokai et du folklore japonais 🙂↕️
C’est passionnant d’en apprendre plus sur le folklore japonais !
Les références dans la pop culture sont tellement nombreuses !
Merci pour ça 😁
Merci pour cette article sur les yōkai ! C’est très instructif et ça cultive l’imagination pour faire de la création 🤭
Hâte de découvrir la suite !
Tellement intéressant !