Showa no Hi : ne pas oublier l'Histoire
Né en 1901 et 124ème empereur du Japon de 1926 à sa mort en 1989, l’empereur Showa eut le plus long règne de l’Histoire du pays (et l’un des plus longs de l’Histoire, tous pays confondus). Usuellement appelé Hirohito en Occident (son nom de naissance), il est appelé au Japon par son nom posthume d’empereur Showa (Shôwa tennô).
Le 29 Avril est le « Jour de l’ère Showa » (昭和の日・しょうわのひ・Shôwa no Hi) depuis 2007 mais il a en réalité changé de nom à trois reprises jusqu’à aujourd’hui, celui-ci étant le dernier nom en date d’une célébration remontant à 1927. C’est le premier des quatre jours fériés qui composent chaque année la « Golden Week », semaine durant laquelle le plus de Japonais sont en congés en même temps pour célébrer diverses choses.
Le Showa no Hi commémore l’anniversaire de l’empereur Hirohito, appelé « empereur Showa » depuis sa mort. De par notamment la Seconde Guerre Mondiale, son règne a eu lieu durant l’une des périodes les plus complexes de l’histoire du Japon. « Shôwa » signifie « paix rayonnante » en japonais et a été choisi pour décrire la période correspondante à la totalité du règne de l’empereur.
Cependant, étant donné la période pleine de hauts et de bas qu’a été le règne de cet empereur, cette célébration comporte un message plus nuancé et contemplatif que les autres fêtes japonaises. Le gouvernement a donné comme but à ce jour férié de « réfléchir à hier pour apprendre demain » afin de mettre en avant l’espoir et la paix plutôt que la célébration de l’empereur en lui-même.
Malgré cela, nous allons voir que cette célébration est tout de même la source d’une importante controverse car, pour beaucoup, l’empereur Showa reste un criminel de guerre et il est donc inadmissible de commémorer son anniversaire.
Qui était Hirohito
L’histoire de l’Empereur est importante pour bien comprendre les enjeux de ce jour férié ainsi que les raisons des manifestations contre cette journée.
L’empereur Showa, Hirohito (裕仁, le premier caractère signifiant la richesse, la fertilité, la vertu ; et le second caractère hito étant présent dans le nom de quasiment tous les enfants mâles de la famille impériale depuis le XIème siècle), est né en 1901 en tant que premier fils du prince Yoshihito (futur empereur Taishô).
À l’âge de 10 ans, il fut nommé sous-lieutenant dans l’armée de terre et la marine. À l’époque, les hommes de la famille impériale étaient tenus de s’engager dans l’armée dès qu’ils atteignaient un certain âge.
En 1921, à l’âge de 19 ans, le prince héritier Hirohito effectua un voyage de six mois en Europe. C’est notamment son séjour en Grande-Bretagne qui eut une influence décisive sur lui. Le roi George V, qui accueillit le prince héritier Hirohito, souhaitait une conversation amicale et détendue plutôt qu’un échange protocolaire et guindé. On raconte que George V lui expliqua alors comment devait se comporter la famille royale dans un État moderne de monarchie constitutionnelle : un pays où le roi influence la politique à sa guise n’est pas une monarchie constitutionnelle. C’est cet esprit « régner sans gouverner » qui assure la pérennité de l’État et qui influencera grandement le règne du futur Empereur.
En 1926, à la suite du décès de l’empereur Taishō, il monta sur le trône à l’âge de 25 ans.
Depuis son accession au trône, l’empereur Showa avait toujours été tourmenté par une armée qui ne lui obéissait pas et cela va notamment se voir en 1931, lors du fameux incident de la Mandchourie durant lequel l’armée japonaise manigança un faux attentat de manière à justifier une invasion (et ce, sans aucun ordre impérial). Le chef d’état-major général, Hanzo Kanaya (1873-1933), s’empressa de présenter une demande d’approbation a posteriori à l’empereur, mais celui-ci se contenta de dire : « Il faut faire preuve de prudence pour l’avenir », avant de donner son accord. Cela signifiait sans doute : « Veillez à ce que cela ne se reproduise plus à l’avenir ».
Puis, en 1933, lors de l’opération de Jehol, l’Empereur donna son accord après avoir confirmé auprès de son armée : « Vous ne franchirez pas la Grande Muraille, n’est-ce pas ? ». Le problème était que, si des troupes étaient envoyées au Sud de la Grande Muraille, cela constituerait une invasion de la République de Chine, alors que le Nord de la Grande Muraille était le territoire de l’État de Mandchourie, ce qui était donc encore acceptable.
Cependant, cette promesse fut très facilement rompue et l’armée, loin de s’arrêter à la Grande Muraille, poursuivit son avancée jusqu’à un point situé à seulement 50 km de Pékin. Ce résultat fut sans doute extrêmement regrettable pour l’Empereur, mais il ne donna néanmoins pas l’ordre de démettre les responsables de leurs fonctions.
Ce sont ces événements, qui font partie de ce que l’on appelle la Guerre de 15 ans et qui opposa notamment la Chine et le Japon de 1931 à 1945, qui firent entrer le Japon dans la Seconde Guerre Mondiale. Contrairement à la volonté de l’empereur Showa, qui aspirait à la paix, le Grand Empire du Japon s’engagea résolument sur la voie de la guerre contre les États-Unis et la Grande-Bretagne.
Lors de la réunion en présence de l’Empereur du 6 septembre 1941, alors que l’on débattait de l’opportunité de déclarer la guerre aux États-Unis et à la Grande-Bretagne, l’Empereur Showa récita un poème composé par l’Empereur Meiji :
" Dans un monde où l’on croit que toutes les mers sont unies, pourquoi les vagues et les vents s’agitent-ils ainsi ?
L’Empereur Showa exprimait ainsi son désarroi : « Alors que l’humanité est une seule et même famille, pourquoi la guerre éclate-t-elle ? ». Cependant, le cabinet Tojo, formé par la suite, décida d’entrer en guerre contre les États-Unis et la Grande-Bretagne, et soumit au souverain un projet de décret de déclaration de guerre.
Le cabinet ayant présenté ce projet à l’unanimité, l’empereur ne pouvait s’opposer à la déclaration de guerre en soi, mais il tenta néanmoins d’opposer une modeste résistance. Il ordonna d’insérer dans l’édit de déclaration de guerre la phrase suivante : « Malheureusement, nous en sommes arrivés à entrer en guerre contre les États-Unis et la Grande-Bretagne. Il s’agit d’une mesure véritablement inévitable. Comment cela pourrait-il être ma volonté ? ».
Le Premier ministre Tojo s’y opposa, affirmant que cela saperait le moral des troupes, mais finalement, la modification fut apportée conformément aux instructions de l’Empereur. Ainsi, l’Empereur Showa s’opposa à la guerre de manière constante mais l’armée déclara la guerre au nom de l’Empereur, ordonna aux citoyens mobilisés de mourir pour Sa Majesté, et continua à refuser la capitulation afin de protéger l’Empereur, malgré les 3,1 millions de morts que cela a entraînés.
Après la fin des combats à Okinawa le 23 juin, le largage de la bombe atomique sur Hiroshima le 6 août, l’entrée en guerre de l’Union soviétique contre le Japon le 8 août et le largage de la bombe atomique sur Nagasaki le 9 août, il décida d’accepter la Déclaration de Potsdam des Alliés. Le 10 août, alors que les avis des grands ministres étaient partagés à parts égales, il fit part de sa « décision sacrée de mettre fin à la guerre ».
Le 14 août, l’acceptation de la Déclaration de Potsdam fut décidée et l’édit de fin de guerre fut promulgué en son nom (capitulation du Japon). Le même jour, il le lut lui-même à haute voix et l’enregistra, puis, le lendemain 15 août, il annonça la fin de la guerre à ses sujets lors d’une émission radiophonique. C’était la première fois dans l’histoire du Japon que la voix de l’Empereur était transmise au grand public.
Dans la nuit du 14 au 15, une tentative de coup d’État a été menée par des officiers opposés à l’acceptation de la Déclaration de Potsdam, dans le but de s’emparer du disque enregistré pour la diffusion (incident de Kyûjô), mais échoua.
Il déclara notamment dans son enregistrement :
" Qu’il m’advienne quoi qu’il arrive, je souhaite sauver la vie de mes sujets.
De plus, juste après la défaite, lors d’une rencontre avec le général MacArthur, venu au Japon en tant que commandant des forces d’occupation, il tint les mêmes propos.
" Je me moque d’être exécuté. En échange, je vous prie de veiller à ce que le peuple ne souffre pas de privations.
Après la guerre, l’empereur Shōwa publia, le 1er janvier 1946, son édit du Nouvel An (dit Ningen-sengen, ou « Déclaration d’humanité »). Après avoir rejeté comme concept fictif l’idée selon laquelle « l’Empereur serait une divinité vivante et le peuple japonais une nation supérieure aux autres, destinée à dominer le monde », il exprima son espoir dans l’unité du peuple et dans la construction d’un nouveau Japon.
Après la guerre, l’Empereur Showa effectua des tournées dans tout le pays, à l’exception d’Okinawa, pour témoigner sa compassion aux familles des soldats tombés au combat et des victimes de la guerre, et pour encourager le peuple qui s’efforçait de reconstruire le pays après la guerre. Il assistait également, en compagnie de l’Impératrice Kôjun, à des événements tels que la cérémonie annuelle de plantation d’arbres au printemps et les Jeux nationaux d’automne.
Par ailleurs, il s’est rendu en Europe en 1971 et aux États-Unis en 1975, et une cérémonie commémorative de son 50e anniversaire de règne a eu lieu en 1976, et une autre pour son 60e anniversaire de règne en 1986.
À la fin de sa vie, sa santé s’est détériorée. En septembre 1987, il a subi une intervention chirurgicale et s’est rétabli suffisamment pour pouvoir reprendre une partie de ses fonctions officielles. Cependant, en Septembre de l’année suivante, son état de santé s’est à nouveau détérioré et, malgré tous les soins qui lui ont été prodigués, il est décédé le 7 janvier 1989 au palais de Fukiage (à l’âge de 87 ans).
Historique du Showa no Hi
Tenchô-setsu (1927-1947)
À l’origine, c’est ainsi que cette fête s’appelait et désignait « le jour où l’on célébre l’anniversaire de l’Empereur ». On pense que ce nom provient d’une citation de Lao-Tseu : « Le ciel est éternel, la terre est durable » (que le règne de l’Empereur soit aussi éternel que le ciel et la terre). Au Japon, la coutume de célébrer la fête de l’Empereur existait depuis l’époque Nara (VIIIème siècle) et elle est devenue un jour férié national à partir de l’ère Meiji (1868-1912). La date a changé à chaque changement d’Empereur, pour être fixée au 29 avril à l’époque de l’Empereur Showa.
Tennô-tanjôbi (1948-1988)
En 1948, après la guerre donc, la loi sur les jours fériés nationaux a été promulguée et cette célébration fut rebaptisée « Tennô-tanjôbi », ce qui signifie littéralement « Anniversaire de l’Empereur ». L’article 1 de la loi sur les jours fériés explique l’esprit de la loi en ces termes : « Le peuple Japonais, qui aspire sans relâche à la liberté et à la paix, afin de cultiver de belles coutumes et de bâtir une société meilleure et une vie plus riche, fixe par la présente des jours que tous les citoyens célèbrent, remercient ou commémorent, et les nomme jours fériés nationaux ». Dans le sondage d’opinion réalisé par le gouvernement avant la promulgation de cette loi pour connaître les jours fériés souhaités, le jour de la naissance de Sa Majesté l’Empereur arrivait en deuxième position, juste après le Jour de l’An.
Midori no hi (1989-2006)
En 1989, l’empereur Showa est décédé et l’ère Heisei a alors commencé et la fête de l’empereur a été déplacée au 23 décembre. Cependant, le 29 Avril s’était imposé comme l’un des jours fériés composant le « Golden Week », et par crainte que le fait de le ramener à un jour ouvrable n’ait des répercussions sur la vie des citoyens, on a décidé de le conserver comme jour férié en le rebaptisant « Jour de la verdure ». Son objectif était défini comme suit : « Apprécier la nature tout en lui rendant grâce pour ses bienfaits, et cultiver un cœur riche ». On dit qu’il tient son origine dans le fait que l’empereur Showa avait une grande connaissance des plantes et aimait la nature de tout son cœur.
Showa no hi (2007-)
Le « Jour de la verdure », célébré le 29 Avril, a perduré pendant 18 ans mais a été rebaptisé « Jour de l’ère Showa » en 2007, et le « Jour de la verdure » a été déplacé au 4 Mai. C’était à l’origine un jour ouvrable, mais comme il se trouvait pris entre le « Jour de la Constitution » (le 3) et le « Jour des enfants » (le 5), ces trois jours formaient un pont. Une modification de la loi sur les jours fériés nationaux a donc été promulguée afin que « les jours ouvrables pris entre deux jours fériés nationaux deviennent des jours fériés ». Par la suite, le 29 Avril étant devenu le « Jour de l’ère Showa », le 4 Mai est devenu, pour ainsi dire par effet domino, le « Jour de la verdure ».
La loi sur les jours fériés nationaux mentionnée précédemment définit cette journée comme un jour « destiné à revenir sur l’ère Showa, qui a connu des jours tumultueux avant de parvenir à la reconstruction, et à réfléchir à l’avenir du pays ».
L’ère Showa, qui s’est étendue sur plus de 60 ans, a été notamment marquée par les guerres, et fut donc une période de souffrances et de reconstruction pour les Japonais. Mais d’un autre côté, elle a également été une période de grands progrès, avec l’organisation des Jeux Olympiques de Tôkyô en 1964 et de l’Exposition Universelle à Ôsaka en 1970, ainsi qu’une croissance économique rapide (appelée le miracle économique japonais) qui a permis au Japon de devenir l’une des plus grandes puissances économiques mondiales.
Selon les communications du gouvernement, « le Japon d’aujourd’hui s’est construit sur les fondations de cette époque. En jetant un regard rétrospectif sur l’ère Showa et en tirant les leçons de l’histoire, il est extrêmement important pour l’avenir de notre pays de réfléchir à ce que doit être le Japon en tant que nation pacifique et d’en tirer des lignes directrices pour l’avenir ».
Activités lors du Showa no Hi
Étant donné que le Shôwa no Hi est plus un jour commémoratif qu’une célébration festive, les événements de cette journée ne sont ni flashy ni colorés. Il s’agit plutôt de contempler la nature, notamment en admirant les floraisons de cerisiers, en pique-niquant et en visitant des temples.
Les Tokyoïtes ont pour habitude de se rendre au Mausolée Impérial Musashino, où est enterré l’empereur Showa, ou encore de visiter le Musée National Commémoratif Shôwa afin de se remémorer cette période décisive de l’histoire nippone.
Controverses liées à ce jour
Vous vous demandez probablement comment l’empereur d’un pays peut être célébré comme un apporteur de paix malgré les événements de la Seconde Guerre Mondiale, et vous avez raison ! Même les experts ne sont pas d’accords quant à l’implication réelle de l’empereur dans ces événements ainsi que l’invasion japonaise de la Mandchourie en 1931. Certains assurent qu’en temps qu’empereur dirigeant et divinité du pays, il est forcément responsable ; et d’autres le clament innocent de par la militarisation du pays qui l’a laissé impuissant face aux chefs de son armée.
L’empereur s’est notamment rendu à Hiroshima suite à la guerre, et a avoué ressentir une responsabilité personnelle dans les événements horribles qui s’étaient déroulés. Faut-il prendre cela comme un aveu ou simplement comme la culpabilité inhérente à la fonction d’un chef d’Etat ? Dur à dire !
Toujours est-il que si l’empereur a été exempté de toute sanction, c’est notamment grâce au général MacArthur qui supervisa l’occupation du Japon de 1945 à 1951 et qui décida de laisser l’empereur en place car il lui semblait impossible de gouverner une nation en poursuivant son leader spirituel. Il était important de développer une relation positive avec le Japon car les Américains craignaient de voir des divisions se créer au sein du Japon ainsi que la réémergence du communisme s’ils s’en prenaient à Hirohito.
Il a donc été laissé tranquille et une constitution vit le jour, laissant la monarchie en place, mais qui déclara le statut d’empereur comme symbolique et sa nature divine fut révoquée. De plus, le pouvoir politique a été donné à des représentants élus. Suite à quoi, les dirigeants Américains ont commencé à refaçonner l’image d’Hirohito comme une figure démocratique et pacifiste. Réalité ou démagogie, personne ne semble d’accord…
En résumé
- Shôwa no Hi (昭和の日・しょうわのひ) : Jour de l’ère Showa
- Existe depuis… : 2007
- Tire ses origines du… : VIIIème siècle (époque Nara)
- Coutumes : Contempler la nature, pique-niquer, prier et se remémorer le passé pour un meilleur futur
- Lieux : Partout au Japon
Le 29 avril est un jour férié qui a connu pas moins de trois changements de nom. Aujourd’hui appelé « Jour de l’ère Showa », il correspond, à l’image de son ancien nom de « Jour de la verdure », à une saison où la nature est magnifique. Il est également source de controverses de par les événements qui ont marqué le règne de l’empereur Showa, bien qu’il soit impossible de savoir toute la vérité sur son implication.
Aujourd’hui, c’est avant tout le jour férié qui marque chaque année le début de la « Golden Week » et de ses festivités. Pour profiter pleinement de ces longues vacances dans un cadre naturel agréable, mieux vaut s’y prendre à l’avance pour organiser son séjour, chose pour laquelle je serais ravie de vous aider alors pensez à passer voir mon site de Travel Planning pour profiter pleinement de votre voyage !
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À propos de l'auteure
Marion, passionée du Japon qui propose des formations de japonais en ligne ainsi que des voyages au Japon.


Pour gouverner il faut avoir la force de s’opposer fermement contre des décisions qui vont forcement causer du tort à son peuple. D’après ce récit il est resté passif et son armée a profité de cette faiblesse.
Après il est toujours difficile de juger après coup…
Merci pour ce moment d’histoire 🙂
Toujours agréable de lire ces petits articles de blog ! Merci pour cette découverte ! 🙂